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Aaaah, cet article, j’attendais avec impatience de vous l’écrire ! Je n’ai malheureusement pas eu la présence d’esprit de marquer d’une croix sur mon BuJo le début de la lecture de ce roman, mais peut-être est-ce mieux ainsi… Enfin, quand on court un marathon peu importe l’heure d’arrivée, n’est-ce pas ? Bref !

Ce livre fait parti de ces lectures imprévues : vous savez, vous avez votre PAL toute faite (et pleine à craquer), vous avez la brillante idée de flâner dans un magasin qui fait librairie, et POUF, oh, le joli livre, mais ça a l’air vachement bien dis donc, hop, dans le sac ! … Vous voyez le genre ? Je suis sûre que oui.

Mais parlons plutôt de ce livre, en voici le résumé :

Au milieu d’un océan de détritus composé de tous les rebuts de Londres se dresse la demeure des Ferrayor. Le Château, assemblage hétéroclite d’objets trouvés et de bouts d’immeubles prélevés à la capitale, abrite cette étrange famille depuis des générations.

Selon la tradition, chacun de ses membres, à la naissance, se voit attribuer un objet particulier, dont il devra prendre soin toute sa vie. Clod, notre jeune héros, a ainsi reçu une bonde universelle – et, pour son malheur, un don singulier : il est capable d’entendre parler les objets, qui ne cessent de répéter des noms mystérieux…

Tout commence le jour où la poignée de porte appartenant à Tante Rosamud disparaît ; les murmures des objets se font de plus en plus insistants ; dehors, une terrible tempête menace ; et voici qu’une jeune orpheline se présente à la porte du Château…

Premier tome d’une trilogie superbement illustrée par l’auteur, Le Château nous plonge dans un univers pareil à nul autre, fantasmagorique et inquiétant, gothique et enchanteur.

Edward Carey y révèle des talents de conteur, de dessinateur et de magicien qui font de lui le fils spirituel de Tim Burton et de Charles Dickens.

En un mot comme en cent : j’ai ADORE ce livre. Vraiment. J’aime ce genre de roman qui met en place une ambiance, un univers, qui nous peint un monde richement pensé de bout en bout. Je repense ici à la série Merry Gentry de Laurell K. Hamilton, dont le premier tome m’avait bien aguiché mais qui finalement s’est avéré être un pur gâchis (concrètement ça ne servait strictement à rien de s’embêter à placer un cadre sympa si c’était pour faire juste du mumporn, m’enfin bref). De plus, dans les Ferrailleurs, nous avons également en bonus une illustration de l’auteur à chaque chapitre, ainsi que des plans détaillés de la demeure familiale, qui permettent de nous repérer dans le roman et de nous plonger encore plus dans cet univers bizarre et sinistre.

Ce roman nous propose deux points de vue : celui de Clod Ferrayor, jeune homme au don spécial, et celui de Lucy Pennant, une servante de la maison fraîchement arrivée. Bien évidemment, les destins de ces deux personnages vont se croiser, mais je ne vous dirai ni comment ni pourquoi (parce qu’il FAUT lire ce livre !) Ce que j’ai apprécié dans cette dualité est qu’elle donne deux tons différents au roman, puisque nous avons un point de vue extérieur à la famille (Lucy) et un point de vue intérieur (Clod), ce qui nous laisse entrevoir encore mieux certains aspects de la vie des Ferrayor, de leurs traditions, bien ancrées.

Bien évidemment, même si le cadre est très bien pensé, il faut une histoire qui tienne la route, et qui tienne en haleine aussi. Je dois dire que c’est réussi ! Même, pour tout vous avouer, en cherchant JUSTE à savoir si le tome 2 était sorti en format poche au début de ma lecture, je me suis gentiment « spoil » la fin de mon livre, eh bien jusqu’au bout je n’ai pas vu venir le dénouement, le « comment » de ce que j’avais lu (c’est dire si c’est bien mené).

Si vous avez lu le résumé posté juste au-dessus, vous aurez certainement deviné que tout le roman tourne autour des choses, des objets. Les objets qui s’entassent dans la décharge autour de la grande demeure rapiécée, les objets de naissance, les objets qui disparaissent, les objets que Clod entend parler… Il y a véritablement tout un monde que j’ai trouvé des plus fascinants autour de ces petites possessions, des plus anodines (cure-dent, boîte d’allumettes…) aux plus grandioses (une cheminée en marbre !), la manière dont on peut les chérir, leur valeur, leurs mystères, aussi… Il m’est quelque peu difficile de parler d’eux sans trahir le fond de l’histoire, puisque tout se trame autour d’eux… A dire vrai, en découvrant ce monde on s’interroge, au départ, on trouve cela curieux. Puis les choses deviennent un peu plus complexes, plus mystérieuses, jusqu’à ce qu’on ait une réponse, mais partielle, fragmentaire, aux grandes questions que ces objets (notamment ceux dits « de naissance ») soulèvent.

Du reste, j’ai trouvé les personnages attachants, même les pires. Qu’importe le personnage présenté, mentionné : tous donnent envie d’en savoir plus sur leur passé, sur leur personnalité. Je citerai notamment le cas de la Grand-Mère, personnage imposant s’il en est, qui effraie un peu tout le monde dans la maison, à l’instar de son époux, mais qui traîne depuis sa naissance un lourd fardeau en marbre qu’elle ne peut jamais quitter, ce qui explique en partie sa morosité et son amertume. Parfois, au fil de la lecture, on sent que tel ou telle personne sait des choses, mais ne veut pas en dire plus. Des menaces se profèrent, des avertissements se chuchotent, des suppliques aussi, des peurs se formulent. Peu à peu, au fur et à mesure que les choses se gâtent, on sent une menace arriver, mais on la comprend mal. Et même lorsque l’on apprend la raison de tout ce bouleversement, on ne sait pas vraiment quoi en penser, et ce que cela signifie réellement…

Histoire de vous convaincre, je vous ai recopié deux extraits qui m’ont particulièrement plu :

Premier extrait (pages 195-196) :

_ Quelle épouvante ! clamèrent les Ferrayor autour d’elle, dans tous leurs états.
_ Mais quoi ? demandai-je. Qu’est-ce que c’était ?
_ C’était, dit la Ferrayor très lentement, le visage livide, la main tremblante, c’était une tasse repose-moustache !
_ Une tasse repose-moustache ? demandai-je, ahurie. Qu’est-ce que c’est que ce truc ?
_ Pour être honnête, nous n’en savions rien au début. Jamais vu chose pareille. C’est qu’une tasse repose-moustache est garnie d’une sorte de bande de porcelaine qui sert de support à la moustache d’un gentleman…
_ D’un gentleman très distingué, précisa une autre.
_ Oui, un très distingué gentleman, répéta la première en reprenant sa position normale, n’est pas censé troubler l’ordonnance de sa moustache bien cirée et bien taillée quand il boit son thé. C’est une tasse repose-moustache, pour votre information. Et il y en avait une la nuit dernière ! Dans le couloir ! Une tasse avec un étrange support de porcelaine blanche, sans aucune inscription. Personne ne savait d’où elle venait, personne ne l’avait jamais vue avant ce jour.
_ Mais qu’est-ce qu’il y a de si terrifiant là-dedans ? demandai-je.
_ Ce qu’il y a de terrifiant, Lucid Penny, si tu veux savoir, c’est qu’elle bougeait !
_ Elle bougeait ?
_ Elle avançait toute seule, je l’ai vue, sinon je n’aurais pas pu y croire, cette tasse avançait sur son fond en cercles successifs. Parfois elle s’arrêtait un petit moment, puis elle se remettait à sautiller comme un rouge-gorge ou un moineau. Parfois elle se propulsait toute seule au pied d’une Ferrayor qui se mettait alors à courir en braillant et en bousculant tout sur son passage. Une Ferrayor l’a menacée avec un tisonnier, et elle a détalé.
_ Il doit y avoir une créature à l’intérieur, une souris peut-être, une musaraigne, une grosse bestiole, même.
_ Non ! Non ! c’était juste une tasse, rien qu’une tasse, rien d’autre, une tasse folle qui tintait dans tous les sens. Jusqu’à ce que Mrs. Piggott arrive en hurlant : Qu’est-ce que vous faites ? Et à ce moment-là, quand les Ferrayor se sont séparées pour laisser passer Mrs. Piggott, la tasse en a profité pour se glisser dans ce passage en se cognant à droite et à gauche, elle est allée s’écraser contre l’extincteur, et de là dans les cuisines. Mrs. Piggott était livide ! Puis de nouveaux cris d’effroi ont retenti : Attrapez-là, attrapez-là !

Deuxième extrait (pages 423-424) :

[…] La demeure des Ferrayor, notre château, notre palais, était construit, je le voyais maintenant, non pas avec des briques et du mortier, mais avec du froid et de la douleur, ce palais était un édifice de méchanceté, de noires pensées, de souffrances, de cris, de sueur et de crachats. Ce qui collait le papier peint sur nos murs, c’étaient des larmes. Quand notre demeure pleurait, elle pleurait parce que quelqu’un d’autre dans le monde se souvenait de ce que nous lui avions fait. Comme la maison sanglotait, criait et hurlait en cette terrible nuit ! Comme elle tanguait et gémissait, comme elle maudissait, comme elle blâmait, comme elle punissait et se châtiait elle-même en cette terrible tempête, comme les décombres la frappaient à coups redoublés ! Il fallait nous échapper.

*

En somme, j’ai vraiment aimé me plonger dans cet univers, je suis plus que ravie d’y être entrée, et j’ai hâte de pouvoir lire la suite, d’autant plus qu’elle s’annonce mouvementée ! Je pense que tous ceux qui apprécient les ambiances mystérieuses, les gens un peu bizarres, les secrets de famille et les lieux clos apprécieront autant que moi ce premier tome. Je vous le recommande chaudement ! (au cas où ça ne se serait pas senti).

***

L’avez-vous lu ? Qu’en avez-vous pensé ? 
Avez-vous déjà lu les autres tomes de cette série ? 

 

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