La cigale et la fourmi

La Cigale, ayant chanté
Tout l’été,
Se trouva fort dépourvue
Quand la bise fut venue.
Pas un seul petit morceau
De mouche ou de vermisseau.
Elle alla crier famine
Chez la Fourmi sa voisine,
La priant de lui prêter
Quelque grain pour subsister
Jusqu’à la saison nouvelle.
« Je vous paierai, lui dit-elle,
Avant l’oût, foi d’animal,
Intérêt et principal. »
La Fourmi n’est pas prêteuse ;
C’est là son moindre défaut.
« Que faisiez-vous au temps chaud ?
Dit-elle à cette emprunteuse.
– Nuit et jour à tout venant
Je chantais, ne vous déplaise.
– Vous chantiez ? j’en suis fort aise.
Eh bien dansez maintenant. »

***

la_cigale_et_la_fourmi_illustration_granville

Tout le monde connaît cette fable de Jean de La Fontaine. Certains l’auront appris par cœur pour cette séance de torture et d’humiliation qu’était la récitation de poésie, d’autres l’auront entendu des centaines de fois par des pédants voulant prouver à la terre entière qu’ils sont capables de retenir trois phrases mais qui sont infichus de vous souhaiter votre anniversaire. Bref. Toujours est-il qu’on aura retenu la leçon : dans la vie, il vaut mieux être fourmi que cigale, ou si vous préférez, être un gentil écureuil qui récolte ses noisettes pour l’hiver au lieu de glander (si je puis dire) à jouer avec les feuilles mortes.

Soit. Mais dans ce cas, que faisons-nous des conseils de ce brave Ronsard, doit-on cueillir les roses de notre jeunesse avant d’être « bien vieille, un soir à la chandelle » ? Tous ces débats littéraires vous passent peut-être allègrement au-dessus du chapeau mais il s’agit pourtant bel et bien d’un débat de société : doit-on tout rationner pour « plus tard » ou doit-on « vivre chaque jour comme le dernier » (oui c’est Corneille, oui ça peut passer) ? Je vois d’ici l’amoureux me dire que la Cigale a eu raison de profiter de la belle saison au lieu de se tuer à la tâche comme sa voisine la Fourmi, vieille femme aigrie…

Ce que je voudrais faire ici, c’est mettre le doigt sur un paradoxe qu’on nous inculque depuis l’enfance, et qui se fait de plus en plus présent au fil du temps qui passe : il faut, nous dit-on, se préparer un avenir tout en profitant du présent. Et ça, c’est pénible, parce qu’on ne sait pas vraiment comment faire. D’aucuns diraient « c’est en travaillant pour un avenir sûr qu’on peut savourer son présent », mais d’autres vous prouveront le contraire.

Je me suis rendue compte du problème que représente ce paradoxe par un biais matériel et superficiel s’il en est : mes box. Non non, ne partez pas en courant, c’est sérieux.

Une box, c’est quoi ? Une boîte, que l’on reçoit à un rythme défini (hebdomadaire, mensuel, saisonnier…), composés de produits (souvent en petits formats), dans le but de les découvrir, de les tester. Mais d’après vous, pourquoi nous propose-t-on de petits formats ? Bien sûr pour en réduire le coût global, mais avant tout pour que, d’une box à la suivante, vous ayez le temps de consommer les produits (qu’il s’agisse d’un paquet de biscuit, d’une crème hydratante ou d’un thé). C’est le concept fondamental !

Sauf que. Je pense souffrir du syndrome de l’écureuil. Mais plutôt le genre d’écureuil qui se pourrit son automne à la chasse aux noisettes alors qu’il lui en reste encore du stock de l’année passée – parce qu’il est du genre prudent. Vous voyez où je veux en venir ? Lorsque j’acquiers un produit, j’ai la tendance handicapante (et pas très Marie Kondo, par ailleurs) à vouloir le préserver, l’économiser, le rationner. C’est valable pour les marrons glacés de Noël, pour les pâtes de fruit qu’on achète à la médiévale, pour ce thé vraiment sympa qu’on nous a offert, pour une crème hydratante qui sent super bon… Et c’est valable pour mes box. Si je goûte/teste avec plaisir ce que je reçois, je constate que je mets un peu tout en œuvre pour qu’il en reste. Pour vous donner un exemple, sur les 6 box Envouthé que j’ai déjà reçues – hormis les thés en sachets – je n’ai pas fini une seule des miniatures. Quel triste constat, surtout quand on sait que les box Envouthé sont en théorie composée pour vous offrir un mois de dégustation, pour vous plonger, un mois durant, dans l’ambiance du thème choisi. Attention, ça ne veut pas dire que je ne les bois pas, simplement que j’ai du mal à « finir » ce que j’ai.

Ce serait être de mauvaise foi que d’accuser ce brave Jeannot (qui honnêtement n’a rien demandé à personne depuis un bon moment déjà) de ce mal parce que je pense qu’il résulte d’une « pathologie » plus ancrée que ça. Ma diététicienne me l’a déjà signifié, je souffre de ce qu’on appelle la « peur du manque« , qui se traduit par une tendance à emmagasiner les choses (et à manger trop, mais ça c’est un autre sujet). Cela dit, toute guérison commençant par l’acceptation, j’ai bon espoir qu’en prenant conscience de ce problème, je puisse doucement arriver à le dépasser. D’une part en poursuivant ma démarche de réduire les quantités (ce que j’ai réussi à faire la dernière fois que j’ai acheté des macarons, j’en ai pris que 8 pour être sûre de les finir), et d’autres part en utilisant/consommant mes produits de box pour me rendre compte que non, je ne souffre pas d’un manque quelconque en finissant mon produit. Tout ceci vous semblera peut-être parfaitement superficiel, mais je pense toujours que les petits actes, les petits changements ont des effets plus importants que ce qu’ils laissent présager. Cela participe de l’habitude de profiter de ce qu’on a, au lieu de chercher à acquérir toujours plus pour se sentir « à l’abri du besoin » (qu’importe ce besoin). Cela peut paraître un peu niais comme ça (mais ce serait mal me connaître) : apprendre à vivre au présent, cela passe aussi par là. Et puis, honnêtement, on procrastine bien assez sur tout de nos jours pour ne pas reporter en plus les petits plaisirs au lendemain, pas vrai ? 

A partir de maintenant, on va essayer de danser un peu plus, qu’en pensez-vous ?

***

Merci de m’avoir lue jusque là. Peut-être êtes-vous un peu comme moi, peut-être gardez-vous toujours « un petit peu » de ci et de ça de côté « au cas où » et que ces petits peu finissent par se perdre et se gâcher. Essayez-vous de lutter contre cette habitude ? Que faîtes-vous en ce sens ?

 

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