L’envie de rien – Ou quand ce n’est pas vraiment l’automne, qu’on attend.

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A cet instant précis, pour qui prend le temps de savourer et d’être « présent à sa vie » comme dirait Christophe André, tout est parfait. Il fait beau, la température est parfaite – ni trop chaude, ni trop froide, fenêtre ouverte, les bruits de la campagne me bercent (comprenez : les poules des voisins font encore un vacarme pas possible), les hurlements des pies dans le cerisier se sont enfin tues (les ornito font un concours, visiblement). Une belle lumière tombe sur mon bureau dégagé, et un délicieux thé aux accents exotiques tiédit gentiment dans ma tasse préférée. Nous sommes un samedi matin, la famille est au complet, les soeurs sont en vacances.

L’été – ou les vacances, mais ça concerne surtout l’été – est le moment où chacun prend du temps pour soi. Pour faire ce qu’il ne peut pas faire le reste du temps. Pour certains, c’est se reposer en lisant enfin les livres de sa PAL, pour d’autres c’est le temps de faire le grand rangement de printemps option sacs poubelles, ou encore celui de ne rien faire du tout à part attendre gentiment l’heure du mozza-pesto-tomates-rosé.

Sauf que lorsqu’on est dans cet état d’esprit de détente depuis quelques mois, l’été rime surtout avec lassitude et angoisse. Quand on s’est « accordé du temps pour soi » après 5 ans d’études et une année de volontariat en passant par la case pénible du permis de conduire, vient l’entre-deux délicat entre repos et remise au boulot fissa. Quand la suite logique des choses – à savoir trouver un gentil emploi – tarde à arriver, soit qu’on ait perdu la motivation, soit qu’on ait perdu la dynamique et le savoir-faire, l’été ne rime plus du tout avec cocotier. Et si en plus vous ne savez plus vraiment ce que vous voulez faire de votre vie – mais l’avez-vous jamais su ? -, voici ce qui en résulte : l’envie de rien, options culpabilité, nostalgie et rabaissement personnel.

Tout ça, me direz-vous ? 

Oui, tout ça. Je regarde autour de moi, et les projets, à faire ou à terminer ne manquent pas. Une broderie, un canevas, des bols à peindre, des aquarelles à faire, des pastels à finir, des plantes à entretenir, une blouse, une jupe, un short à coudre, le ménage, ce ne sont pas les idées qui manquent. Mais bien l’envie. Trône par intervalle sur mon lit et sur mon bureau mon dossier emploi, avec pèle-mêle les études sur le cv, les fiches de projet personnel, les recherches de formation qui n’ont rien à voir avec le reste, et qui me crie « AU BOULOT, ALLEZ ! « . Aussi présent dans ma chambre que dans ma tête, cette petite chose idiote me fait culpabiliser à la moindre idée d’entamer une activité qui ne s’y réfère pas et qui ne serait pas utile à ma recherche.

Peut-être vous direz vous que je n’ai simplement pas envie de travailler. Mais c’est là que le bât blesse. L’été est un espace temporel à part qui se situe entre la fin de l’année (pour qui a passé plus de 20 ans à l’école) et sa nostalgie, et entre la rentrée et son lot de réjouissances (qui n’a jamais été excitée comme une puce en préparant sa nouvelle trousse, en achetant ses nouveaux vêtements, son nouveau sac ?). Cependant, qu’en est-il de ceux qui n’ont cette année pas eu de fin d’année, et qui ont le syndrome de la rentrée ?  Qui attendent un événement excitant mais qui n’a aucune continuité avec l’année qui vient de s’écouler, et qui, peut-être, n’arrivera pas ?

Je ne peux le cacher à personne : j’aime l’automne. Si j’apprécie aussi beaucoup le printemps et l’hiver (le sympa, hein, froid, lumineux et sec), l’automne (la première moitié tout du moins, personne n’aime le mois de novembre, convenons-en) est un adorable moment. De la douceur, des couleurs sublimes, les recettes aux courges, marrons et noisettes, les collants et les jupes en velours, les petites vestes ou les simples gilets avec une grosse écharpe ; il vous suffit de faire un tour sur Pinterest pour savoir de quoi je veux parler, si ce n’est pas déjà le cas. Eh bien en ce moment, indépendamment du fait que j’ai toute une nouvelle garde de robe qui sera parfaite pour l’automne à venir, qui, je l’espère, sera aussi magnifique que le précédent, je me languis de l’automne. Oui, je suis une des rares personnes à le faire, et pourtant c’est bien le cas. Cependant, je me suis demandée si c’était juste les gâteaux aux noix et la boisson Pumpkin Spice de Starbucks que j’attendais ou autre chose, et bien je crois qu’au vu de la période que je traverse actuellement, j’ai trouvé la réponse.

Ce n’est pas vraiment l’automne que j’attends, mais la rentrée. Le nouveau sac, les nouveaux vêtements, les nouveaux copains.

C’est ça, cette envie de rien qui ternit le goût de tout en cette belle journée en apparence si parfaite. Ce n’est pas le « blues des vacances » mais quelque chose de plus amer, bien plus amer  : la sensation pénible et douloureuse d’être bel et bien au chômage.

 

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