Magie rangement

Il y a quelques mois, la blogosphère a été soudainement prise d’une frénésie de rangement. Un blog, puis deux, puis cinq : tous me vantaient de page en page les mérites de la méthode KonMari conçue par Marie Kondo, véritable « papesse » du rangement japonaise. Il est vrai qu’au premier abord, on se dit qu’il est un peu curieux (voire carrément insultant) de se voir proposer un « how to » pour le rangement (surtout quand on fait partie, comme moi, des personnes qui pratiquent le rangement pour clarifier ses idées et se détendre). Pourtant, ce que Marie Kondo nous propose est tout sauf un petit guide de la ménagère parfaite pour apprendre à ranger correctement sa batterie de cuisine mais une véritable philosophie : pour elle, le rangement est une fête qui génère une véritable magie, dans le sens où faire du tri chez soi, c’est faire du tri pour soi et en soi (non, ce n’est toujours pas une secte).

Mais quelles sont donc les grands principes de sa philosophie ? 

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La méthode KonMari est une méthode radicale : selon moi, elle est davantage une philosophie du tri qu’une méthode de rangement. Ce qu’elle nous propose dans son ouvrage ? Ranger l’intégralité de nos biens, d’une traite, et une fois pour toute. Apprendre à mettre de l’ordre chez soi et dans sa vie de façon durable. Comment, me direz-vous ? La grande idée de Marie Kondo réside dans sa perception, sa conception des biens, de votre maison à la moindre paire de chaussettes. Pour elle, nos biens ont des sentiments, des sensations. Ils sentent quand nous ne les aimons plus, ils souffrent d’être fourrés en boule dans un coin, ils languissent, malheureux, dans l’oubli et l’indifférence. Et ces mauvaises sensations resurgissent sur nous, nous influencent et créent ce sentiment de malaise dans nos vies.

Sa méthode commence par devoir déterminer clairement, avec des mots, où on souhaite aller, il faut visualiser sa destination dans l’entreprise, que dis-je, la grande aventure ! qui nous attend. Il faut se construire mentalement une image de son mode de vie idéal et le décrire en notes détaillées. Ensuite, il faut se demander pourquoi on veut atteindre ce mode de vie. Il s’agit d’une véritable réflexion : vous le voyez, il n’est pas question de se lancer tête baissée dans un énième rangement sans queue ni tête, mais de le faire en toute intelligence. Et force est de constater qu’en sachant où on va, on a davantage de chance d’emprunter la bonne route.

Et après ? 

Eh bien, après la phase de réflexion vient la phase de tri. Mais quand je parle de tri, c’est un vrai tri. La méthode KonMari est ce que je me permettrai d’appeler grossièrement un « rangement sacs poubelles », et vous allez comprendre pourquoi. Avant de ranger bêtement des centaines d’articles, il va nous falloir régler ce problème des objets tristes dont je parlais plus haut. Pour Marie Kondo, il faut s’entourer uniquement de biens qui nous donnent de la joie. Car comment peut-on espérer être heureux si ce qui nous entoure nous garde la tête basse ? Pour chaque item, il faut prendre quelques instants de calme, le tenir entre ses doigts, le regarder, le toucher, et se demander : est-ce que cet objet me procure de la joie ? Si la réponse est oui, alors on le garde. Si la réponse est non, alors on le jette. Au début, c’est une démarche fastidieuse, puis le jugement s’affine.

Par où commencer ? 

Marie Kondo dresse un plan d’action dans son ouvrage afin de trier au mieux ses affaires. En voici l’ordre : les vêtements, les livres, les papiers, les objets divers (komono) puis les objets ayant une valeur sentimentale (photographies, souvenirs…). Bien sûr, il y a des sous-catégories, par exemple pour les vêtements (hauts, bas, vêtements suspendus – type manteaux, vestes…-, chaussettes, sous-vêtements, sacs à main, accessoires – écharpes, foulards, ceintures, chapeaux…-, occasions spéciales, chaussures). Vous le voyez, le rangement s’opère par catégories, et non par pièce de la maison : c’est en cela qu’il faut trier d’un coup, et une bonne fois. Avant de trier les vêtements, il faut tous les réunir, même les écharpes qui traînent sur le porte-manteau dans l’entrée, même le vieux sweat laissé dans la cuisine. Cela vous semble fastidieux ? Ca l’est.

Tri

Une fois qu’on a déterminé ce qui nous mets en joie (donc, ce que l’on va garder), on jette tout le reste. A vous de voir si vous voulez faire des dons (notamment à des associations), mais il faut vous en débarasser (et ne surtout pas abandonner les sacs poubelles bien charnus chez papa maman). Cependant, avant de jeter les biens qui nous accompagné, réconforté, réchauffé, rendu belle, donné de l’émotion, il faut savoir leur dire adieu correctement. Lorsqu’entre nos mains, l’objet ne nous donne pas ou plus de joie, il faut le remercier. Dîtes-leurs simplement « merci », ou bien soyez un peu plus éloquent si le coeur vous y encourage, mais ne les jetez pas comme des malpropres (surtout s’ils ont eu la patience d’être laissés à l’abandon des années dans un recoin poussiéreux).

Enfin vient le temps du rangement proprement dit, c’est-à-dire le moment où il faut déterminer une place pour chaque chose et appliquer la grande loi de la verticalité chère à Marie Kondo. Il n’est plus question de mettre des objets en boule dans un coin, ni d’entasser sans logique ses livres, ni de redécouvrir 5 ans après une doudoune qui nous aurait été fort utile quand l’hiver existait encore (mais patience amis du froid, l’hiver est revenu sur Westeros, il reviendra chez nous aussi – enfin, je m’égare). A ce stade de notre grande aventure, nous ne possédons désormais plus que des biens qui nous mettent en joie, que nous aimons posséder. D’une part, nous nous sommes rendus compte de leur valeur, et d’autre part, eh bien après le tri, le volume de nos possessions ayant pas mal réduit, l’espace de rangement (normalement, du moins) est largement assez suffisant pour octroyer aux choses un espace décent et valorisant.

Hauts

Marie Kondo nous conseille de ranger les objets par catégories, toujours dans le respect d’une certaine logique : les chaussettes avec les chaussettes, les livres avec les livres. Dès lors, nous n’avons plus à fouiller partout pour retrouver un objet, et nous avons une bonne vue d’ensemble sur nos possessions. Ensuite, pour leur bien-être (et pour le vôtre, croyez-moi !), privilégiez au maximum la verticalité. Pourquoi ? Si nous prenons l’exemple de livres, ou de dossiers, si nous les entassons horizontalement, 1) nous avons une moins bonne perception de la taille de la collection 2) nous délaissons forcément les items du bas, peu accessibles 3) le petit bonhomme qui supporte tout le monde doit se sentir bien mal. J’ajouterai que visuellement, le choix de la verticalité sur l’horizontalité change tout et l’effet qui en découle sur notre bien-être est, quoi qu’insoupçonné, véritablement épatant. Essayez sur votre bureau d’effectuer ce menu changement, juste pour voir, et admirez ! Moi qui avais quelques livres à plat dans ma bibliothèque pourtant verticale, en remettant lesdits livres en position debout, déjà, j’ai senti une sorte de soulagement et de bien-être.

Chaussettes

Quant aux vêtements, Marie Kondo propose une manière originale de les ranger afin de gagner de la place et d’avoir une vue d’ensemble sur toute notre garde-robe (afin qu’on ne tombe plus dans le travers d’oublier ce qu’on a pour acheter plein de choses superflues). Si cela vous intéresse, il y a plusieurs vidéos sur Youtube qui expliquent comment plier un tshirt, ou comment ranger ses sous-vêtements. Là encore, c’est la verticalité qui prime. Finies, les piles de vêtements avec la fameuse « pile du fond », et le « vêtement de bas de pile » auquel on ne touche jamais. Désormais, il s’agit de ranger ses vêtements dans des paniers, ou dans des tiroirs, et de les plier de façon à ce que chaque item forme un petit carré vertical qui tient debout mais sans tension (ici elle parle d’énergie qui se dégage des vêtements lorsqu’on a trouvé le bon pliage pour chaque item, mais je vous laisse découvrir ceci par vous-mêmes).

A présent, vous avez tout rangé, vous êtes fiers de vous, entourés de choses qui vous mettent en joie, vous avez trouvé les emplacements rêvés pour vos biens, vous avez enfin l’intérieur qui vous correspond, ça sent bon, ça sent le frais … mais il faut que ça dure ! Pour que le rangement soit durable, pour éviter ce que Marie Kondo appelle « l’effet rebond« , il va falloir apprendre à ranger chaque chose à sa place après s’en être servi, et à plier soigneusement chaque vêtement avant de le ranger. Pour moi ça a été assez facile, même, je l’avoue, j’ai développé une forme de maniaquerie proche de la pathologie (quand dès qu’on rentre chez soi on se sent obligé de tout ranger avant de faire quoi que ce soit, ça peut être handicapant… Enfin, c’est bien rangé, en tout cas). L’essentiel est selon moi de suivre son instinct pour déterminer à quelle place appartiennent les objets pour que tout naturellement, leur place soit celle-ci, et uniquement celle-ci.

Avantaprès

Quand la magie du rangement opère… 

Le rangement c’est beau, mais la richesse de ce livre et de cette méthode, selon moi, c’est le message positif qui en découle. Si d’une part, en effet, en rangeant notre intérieur on met également de l’ordre dans notre esprit, et par extension, dans notre vie, j’ai pu constater que d’autre part, et voici la véritable richesse que j’ai tiré de cette lecture, que cela m’a permis, surtout, de déceler ce qui me met en joie, et ce qui ne le fait pas. Comme je l’expliquais dans mon article précédent, j’ai réalisé qu’en faisant ce qui nous met en joie, de la même façon qu’en s’entourant d’objets qui nous mettent en joie, nous sommes plus apaisé, plus heureux. Cela permet de relativiser, de déculpabiliser, aussi. Cela semble évident, mais pensez-y un instant : le faites-vous vraiment ? Si ça me met en joie, alors ça me fait du bien. Je pense que cette conception de la vie est une partie intégrante de mon épanouissement personnel, et elle m’est devenue vitale.

Entrée

Je sais qu’en lisant ces lignes, les plus sceptiques verront leurs sourcils se dresser de manière incrédule, mais lisez ce livre, même si le rangement ce n’est pas votre truc, même si vous possédez 3 bouquins et 20 vêtements. Marie Kondo cite les exemples de clients chez qui elle a opéré qui ont radicalement repris leur vie en main, qui en changeant d’emploi, qui en quittant son conjoint, qui en commençant enfin une activité créative… Ce livre m’a véritablement ouvert les yeux. Et ça fait un bien fou.

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Et vous, avez vous expérimenté la méthode KonMari ?
Qu’en avez-vous pensé ?
Est-ce que tout cela vous a donné envie de la tester ?

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